La première fois que je suis allée chez toi (c'était "la maison" à squatter, à quelques minutes du collège, bordant le Monoprix), on était tout un groupe, j'étais frappée par toutes les photos de ton père accrochées aux murs, la cuisine rouge & noire, le temps avait choisi de s'arrêter, et je m'y sentais bien. Nous sommes très vite devenues inséparables, on alternait chaque soir soit chez toi, soit chez moi, libres comme l'air toutes les deux, chez maman tu aimais bien car il y avait toujours de quoi dîner, "les filles, je sors, je vous ai préparées des croissants au jambon (ou des endives au jambon)!, bonne soirée!", et le lendemain chez toi avec ta chère mère c'était un théâtre vivant, guerre en Irak, elle appelait l'ambassade américaine pour les traiter d'assassins, passait en boucle & à fond les chansons de ton père (ça j'aimais bien), nous réveillait à pas d'heure "les filles, je sais que vous êtes là, il faut que je vous parle!", tu avais pris soin de nous enfermer...nos mères nous laissaient tout le loisir de vivre à notre guise mais nous n'avons jamais franchi la limite (enfin tout n'est pas bon à dire;-)) on était bien dans notre bulle, à créer notre univers, on rentrait des cours, devoirs, et danse, et on était heureuse comme ça; je savais pas trop à cet âge comment se comportent des parents responsables vis à vis de leurs enfants, en tout cas l'absence d'autorité, & l'absence tout court nous convenait, on connaissait que ça...!

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Classe de neige, tu étais dans le groupe des pros & moi des nuls, notre prof de maths Me Martin avait en charge mon groupe, elle s'était encore une fois trompée de circuit et nous voici tous tétanisés devant une piste noire, tout le monde s'était laissé tombé de façon peu gracieuse en bas, moi je refusais, restant prostrée pendant 2 heures si ma mémoire est bonne en haut de la piste, "descends tout shuss!", et c'est Christelle de ton groupe qui était venue à mon secours, m'aidant à descendre tranquillement, je sais que tu te souviens de ce moment mémorable & tu t'étais pas du tout foutue de moi;-)... Avec notre réseau (on était plusieurs), plusieurs mercredis de suite, on se rendait aux galeries lafayette, & par groupe de deux, habillées étrangement de façon très large on volait des vêtements, j'avais toujours sur moi ma paire de ciseaux violette (je m'en souviens parfaitement!), mon sac à dos noir, et dans les cabines d'essayage j'étais chargée d'ôter les antivols...on a dû être vite repérée moi dans ma salopette extra-large, toi dans tes pulls immenses, bref, un jour, on sort, et j'entends "veuillez me suivre mademoiselle", je sens quelqu'un me retenir par l'épaule, j'aurais pu partir en courant mais j'avais vu que toi c'était impossible donc...on s'est fait arrêter. Pas trop consciente de notre petit larcin, on patientait avec un majeur, menottes aux poignées dans un commissariat, puis on était toute contente car ils nous ont transférées dans une fourgonnette vers un autre commissariat "c'est cool, comme dans les films!", j'en souris encore aujourd'hui;-)! Nos mères, tiens non pas elles, mais Florian était venu nous chercher, pas fier de nous, il a très bien agi, nous laissant le temps de juger de nos actes...et moi j'avais donné une fausse identité "je suis sa soeur!" , le flic n'était pas un bon profiler car il m'avait cru... Impossible de ne pas évoquer Florian, mais difficile de trouver les mots ma soeurette... sa gentillesse, son écoute, son humour, votre complicité frère-soeur, j'aimais le voir se moquer de votre mère, préparer une journée entière le fameux boeuf bourguignon dans un livre de recette d'un chef français prestigieux, pour enfin le déguster à 1h du matin! J'aimais nos longues discussions pendant que tu t'affairais avec le linge sale, nos squats dans le studio d'enregistrement... et je n'oublierai jamais, il y a un an déjà, quand nous sommes allées le voir... Et notre petit pélerinage vers les traces de ton papa reste gravé, je suis heureuse d'avoir pu partager ça avec toi, même si tu m'as fait rouler des heures pour trouver un rond-point!!! Tu es un océan de gentillesse Madeline, peu influençable, cartésienne, impartiale, tu as en toi une force inimaginable, portée par tes enfants, tu es drôle moi tu me fais rire, j'adore lorsque je suis enfin j'essaie d'être sérieuse et tu me contemples en souriant prête à partir en live, je t'aime malgré nos différences toi ultra maniaque toujours derrière moi, toi organisée & moi plutôt au jour-le-jour, il reste dans mon esprit encore des tas de souvenirs et j'espère vivre encore d'innombrables moments avec toi, comme lors du concert l'année dernière, comme le week-end dernier, comme nos appels quotidiens qui me rappellent qu'on est définitivement liée, ma soeurette...!